essayiste français

Aurélie Filippetti et notre exception culturelle

avec Pierre Lescure et Antoine Gallimard

Ya basta Aurélie Filippetti !... une page

Le jeudi 28 juin 2012, à 16 heures 26, Nicolas Gary s'est empressé de publier son scoop, sur son site média ActuaLitté.
Il avait obtenu quelques précisions de madame la ministre, dont une petite phrase qu'il convient naturellement de replacer dans son contexte "C'est l'éditeur qui fait la littérature."
Il n'avait certes pas réussi à lancer un débat entre Aurélie et Arnaud, Arnaud Montebourg (et non Lagardère, qui reste le patron du plus grand groupe français), présent, pour louer l'arrivée d'Amazon en Bourgogne, à cette grande messe du SNE... où il convenait de dénoncer les faux emplois de libraires du mastodonte de l'Internet. Naturellement, nous savons bien que les "vrais libraires" font plus qu'ouvrir des cartons pour placer aux meilleures tables les ouvrages vus à la télé. Oui, ils remplissent ces mêmes cartons quelques semaines plus tard des invendus et parfois encaissent les ventes alors qu'Amazon obtient un flux numérique d'argent. Il s'agit bien de la nuance ? Mais non ! Le libraire conseille les œuvres de qualité, d'ailleurs il suffit de consulter la liste des meilleures ventes, de Marc Levy à Guillaume Musso en passant par le bon docteur Dukan, des pointures de la Littérature !

Aurélie Filippetti, au sujet de l'acte 2 de l'exception culturelle, pour lequel un jeune homme de confiance fut nommé, Pierre Lescure : « Il y a trois piliers dans cette mission, d'abord, le développement de l'offre légale, ensuite la lutte contre la contrefaçon commerciale, et puis, la recherche de nouvelles sources de financements. Et donc, la taxe Amazon entre dans le cadre de cette mission Lescure. Cela va prendre un petit peu de temps, quelques mois, et les préconisations seront présentées au début de l'année prochaine. »
Sarkozy ce fut "la taxe google" ! Quand l'échec de la politique essaye de se rattraper en inventant des taxes... pour aider les déjà soutenus qui ont conduit à un blocage de l'économie, duquel savent profiter quelques sociétés de pays dont les états ne visent pas à maintenir des situations établies au détriment de l'innovation.

Si la lutte contre la contrefaçon commerciale est naturellement souhaitable, elle ne concerne pas forcément le ministère de la Culture mais celui de la Justice, où il serait préférable de permettre un accès rapide et vraiment gratuit à l'ensemble des ayants droit.
Quant au développement de l'offre légale, malheureusement, quand ce ministère s'y intéresse, ce n'est jamais pour soutenir les écrivains mais en suivant les recommandations des installés. Troisième point : la recherche de nouvelles sources de financements. Pour en faire quoi ? Amazon est un véritable partenaire des éditeurs, il demande une commission correcte, 30%, quand certains essayent d'obtenir plus ! Il existe même un projet 100% français qui souhaita obtenir 35% d'un edistributeur...
Amazon, victime d'une taxe, la répercuterait "sûrement" sur les éditeurs. Quel bénéfice pour les éditeurs ? Simplement une distorsion de concurrence : l'argent serait transféré aux installés, comme la taxe pour la "copie privée" ou "la rémunération pour prêts en bibliothèques", grands circuits financiers d'où pas un centime ne revient aux auteurs-éditeurs [À lire : Copie privée, droit de prêt en bibliothèque : vous payez, nous ne touchons pas un centime, du même auteur]. Les taxes sont faites pour prendre à tous et redonner à certains, avec toujours une part pour "des initiatives culturelles." Celles des installés.
Une distorsion de concurrence ?

Alors, pas de littérature sans éditeur ? L'auto-édition c'est de la merde ? Naturellement monsieur Gary ne questionna pas ainsi. Aurélie Filippetti : « L'éditeur a un rôle éminent dans le processus de création. C'est une question passionnante. Et sans entrer dans un débat philosophique sur le processus de création, quand on écrit, chez soi, on a besoin d'avoir le regard d'un éditeur, pour venir sanctionner, dans le bon sens du terme.
C'est-à-dire, donner le jugement d'un professionnel, sur le texte que l'on est en train de rédiger. Et sans cela, même si on se publie soi-même, et que l'on peut toucher un public au travers des réseaux, on n'a pas cette reconnaissance de se sentir écrivain. L'écrivain ne naît qu'au travers du regard de l'éditeur. Et moi je l'ai ressenti en tant qu'auteur : j'aurais pu écrire le même livre que celui que j'ai rédigé, si je n'avais pas eu Jean-Marc Roberts, le résultat n'aurait pas été le même. »
Certes, des propos de cocktails, qu'on pourrait entendre en souriant. Mais il s'agit des paroles de la Ministre en exercice.
Aurélie Filippetti plus écrivain que Stéphane Ternoise ? Lisez ses romans et les miens !
Jean-Marc Roberts, le si plaisant patron de la maison Stock, filiale du groupe Lagardère via Hachette Livre. Madame la ministre, auteure Lagardère, alors que son prédécesseur, Frédéric Mitterrand, portait une tunique Editis, le deuxième groupe d'édition français, jaquette Robert Laffont. Les Derniers Jours de la classe ouvrière, son premier roman, publié le 17 septembre 2003 : sur Amazon, début juin 2012, seuls des "vendeurs tiers" proposaient le format broché, donc "indisponible" en "édition originelle direct éditeur" ; Stock édite l'ebook, vendu 5,49 euros. Bizarrement, logiquement plutôt, le 23 juillet, il retrouve son statut disponible, à 14,49 euros, "Plus que 14 ex (réapprovisionnement en cours). Commandez vite ! "
Ce roman semble donc avoir été réédité après la nomination au ministère de l'auteure. Les invendus furent précédemment envoyés au pilon ? Quand on sait qu'un cinquième de la production nationale, plus de cent millions d'exemplaires chaque année, sont détruits (lire Le pilon, ce que nous en savons - Des millions de livres détruits sur ordre des éditeurs de Thomas de Terneuve), l'hypothèse apparaît plausible.
Je ne pouvais pas écrire cet essai sans lire ce roman. Un premier roman sans grand intérêt, lourd, même si, naturellement, il semble désormais de bon ton de louer son versant social engagé...
La ministre ajouta même « mais surtout, on a besoin de cette médiation, pour se reconnaître, soi-même, comme auteur, et pour savoir que son texte est vraiment un livre. »
Il n'y aurait rien eu à contester si elle s'était confiée d'un « mais surtout, j'ai eu besoin de cette médiation, pour me reconnaître comme auteur, et pour penser que mon texte était vraiment un livre. Qu'est-ce que j'en ai bavé ! Des années pour être publiée, des corrections que j'ai dû accepter... »
Rapprochement inévitable d'avec le raisonnement de Philippe Djian « vous pouvez apprendre à travailler pour faire partie des 95 % des bouquins qui encombrent les librairies. Mais les 5 % qui restent, les vrais écrivains, ceux-là sont hors de portée et personne ne peut, en effet, s'engager à vous transformer en l'un d'eux. » (repris dans Comment devenir écrivain ? Être écrivain ! de Stéphane Ternoise). En pensant s'élever à la hauteur de l'écrivain, la fille du maire communiste d'Audun-le-Tiche de 1983 à 1992, s'est encastrée dans les 95% des bouquins qui encombrent les librairies ! Quel fut le rôle de Jean-Marc Roberts dans le produit fini ? Dans le "processus de création" ?

Tombe alors un passage qui aurait dû susciter plus de commentaires et indignations. Aucune demande de rectification ni de droit de réponse ne semble avoir été exigée. Il ne s'agit donc pas d'une hallucination du chroniqueur ni d'une dose excessive de champagne :

Selon la ministre, « tous les textes ne sont pas des livres. C'est l'éditeur qui fait la littérature. »

C'est l'éditeur qui fait la littérature ! Enorme ! Le pire étant que des éditeurs semblent le croire ! Donc, puisque ce n'est pas évident, je vais accorder une entrée à cet aphorisme filippettien.

Intelligemment orientée par le petit-fils de Romain Gary sur le cas Marcel Proust, qui publia "Du côté de chez Swann" à compte d'auteur chez Grasset, la ministre n'hésita pas à travestir la réalité (sûrement par manque d'informations, peut-être après que cette version lui ait été soufflée à dessein quelques heures plus tôt...). Car si l'on peut lui accorder le « Marcel Proust était désespéré que son livre ait été refusé par un éditeur », la phrase précédente « c'est un bon exemple de la relation nécessaire entre un éditeur et un auteur » frise le contestable, et la suivante fera bondir toute personne ayant étudié la genèse de la Recherche : « C'est ensuite, quand il a pu construire cette vraie relation avec l'éditeur, qu'il a pu réaliser la Recherche du temps perdu. Évidemment, il avait besoin d'avoir ce regard de l'éditeur. »
Quel rôle peut-on accorder à la maison Gallimard dans les corrections de la Recherche ?
Qu'Antoine Gallimard intervienne alors pour prétendre « très vite, les gens de ma maison, et mon grand-père le
premier, ont reconnu leur erreur [de ne pas l'avoir édité]. Mais ensuite, il y a vraiment eu une relation qui aura duré
jusqu'à la mort de Proust. » Le premier mea-culpa ne revient donc pas à André Gide ? La relation très forte fut surtout une litanie de plaintes de l'auteur sur le travail bâclé de l'éditeur, « l'édition la plus sabotée qui se puisse voir. »
Marcel Proust avait besoin d'un éditeur pour faire connaître son œuvre et non pour l'écrire. La maison Gallimard lui sembla la plus appropriée donc il a souhaité sa couverture. Les éditeurs étaient alors effectivement des commerciaux indispensables. Le sont-ils encore ? C'est la question essentielle, elle devrait figurer au moins sur un Post-It au Ministère de la Culture. Pour éviter de continuer à maintenir l'édition dans une impasse.


Ya basta Aurélie Filippetti !


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Réédité fin 2013... également en papier...
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